74ème Assemblée générale des Nations-unies

Dr Mohib, Conseiller national à la Sécurité : « Dirigés par les Afghans et soutenus par nos partenaires internationaux, nous pouvons offrir le type de stabilité dont l’Afghanistan a besoin »

A l’occasion de la 74ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies et du débat général annuel qui réunit les dirigeants mondiaux, le Dr Hamdullah Mohib, Conseiller national  à la Sécurité, a rencontré lundi à New York le Secrétaire général des Nations Unies, M. António Guterres. Ils ont discuté des élections présidentielles afghanes, de la situation en matière de sécurité et des perspectives de paix. Selon le communiqué du bureau du Dr Mohib, le secrétaire général de l’ONU a exprimé son ferme soutien à ce pays pour instaurer une paix et une stabilité durables en Afghanistan.

Devant la 74ème session de l’Assemblée des Nations Unies, le Conseiller national de Sécurité a déclaré que, en dépit des menaces terroristes, près de trois millions d’Afghans (« des hommes et des femmes ; des très vieux, des très jeunes, ceux qui vivent avec un handicap, ceux dont les doigts ont été coupés lors des dernières élections ») avaient voté lors de la quatrième élection présidentielle le 28 septembre. « Nous avons tous voté non seulement pour un président, mais également pour la démocratie. Nous avons voté pour notre constitution. Nous avons voté pour la liberté et la souveraineté. Nous avons voté pour la prospérité et la connectivité. Nous avons voté pour la paix. Nous avons voté pour la République islamique d’Afghanistan », a déclaré le Dr Mohib en préambule. Il a félicité ses compatriotes, remercié les Forces nationales de Défense et de Sécurité et la communauté internationale pour son soutien, en précisant que la paix restait la priorité du gouvernement afghan : « Peu importe le résultat des élections présidentielles, une chose est claire : la paix est et restera la priorité du gouvernement, désormais renforcée par le mandat qui lui est confié par le peuple afghan ». Il a ajouté que lorsque l’Afghanistan sera en paix « chaque Afghan pourra expérimenter les libertés et les opportunités de cette démocratie que nous avons tant sacrifié à bâtir ».

Après avoir rappelé la feuille de route présentée par le président Ghani en novembre 2018, les étapes franchies depuis, la participation remarquable des femmes, il a insisté sur les attentes du peuple afghan : une paix inclusive, durable et digne ; un cessez-le-feu pour arrêter immédiatement le bain de sang ; des discussions menées entre le gouvernement afghan et les talibans ; la préservation de la République islamique comme fondement de l’Etat-nation.

Au cours de l’entretien qu’il a donné au Council on Foreign Relations, le Dr Hamdullah Mohib a développé certains sujets qu’il avait abordés devant l’Assemblée.

  • L’attachement des Afghans à la constitution. « L’une des choses qui est devenue très importante au cours des neuf derniers mois, alors que se déroulaient à Doha les discussions entre les États-Unis et les Taliban, est que tout à coup, la discussion autour de la République est devenue très importante. Les gens veulent préserver la République, et cela est devenu un élément de la discussion et des différents processus de consultation entrepris par le gouvernement afghan. »
  • Les progrès des Forces de Défense et de sécurité. « Elles ont pu préserver et protéger la quasi-totalité de l’Afghanistan et tous les centres de vote. Il y a eu des victimes, mais ce sont les forces de sécurité qui ont subi des pertes. Aucun civil n’a été blessé, ce qui en soi était l’une des plus grandes réalisations. » Soixante-dix mille membres des forces de sécurité étaient actifs le jour de l’élection et la gestion de tout cela était confiée aux Afghans. « Dans le passé, cela n’aurait pas été possible sans le commandement et le contrôle des commandants de « Resolute Support », mais lors de ces élections, cela a été fait uniquement par les Afghans et de façon coordonnée. La prochaine action consistera donc à renforcer l’ANDSF. Cette année, nous avons été confrontés au cycle d’attaques le plus vicieux des talibans : quatre phases cette année. Et à chaque phase, ils ont été vaincus. La dernière était la défaite du jour des élections. »
  • L’inclusion dans le pays. Le Dr Mohib explique que ceux qui n’ont pas d’autre alternative se tournent vers les talibans dans leurs localités. Les griefs locaux doivent être identifiés et il faut y répondre. Et il y a un lien direct avec les activités économiques du district. « Les districts sans importance économique sont sûrs. Les talibans se trouvent donc sur la frontière, où ils prélèvent des recettes douanières, ou encore ils exploitent une mine, ou même dans certains endroits où la croissance agricole est bonne et ils en profitent pour cultiver le pavot. Nous examinons donc chacun de ces districts et essayons de résoudre les problèmes avant de nous atteler à la négociation avec les talibans. »
  • Les négociations avec les talibans. « Nous parlerons bien sûr de leurs prisonniers, des sanctions imposées à leurs dirigeants et de leur inclusion politique dans le gouvernement et la société afghans, puis de ce qu’il adviendra de leurs rangs et de la façon dont nous les intégrerons d’un point de vue plus sécuritaire et du point de vue économique. Et enfin, la question de ce qui arrive à leurs amis étrangers, ces terroristes qui les ont aidés au combat en Afghanistan. 

     Même si les négociations étaient en cours, tout le monde a convenu que cela ne mettrait pas fin aux violences dans notre pays. Et si cela ne met pas fin aux violences dans notre pays, aux yeux des Afghans, ce n’est pas la paix. Si nous sommes disposés à intégrer les talibans à la gouvernance, c’est parce que nous voulons qu’ils mettent fin à la violence à l’encontre de notre peuple. Vous savez, ce n’est pas que nous sommes fans de leur merveilleuse idéologie et de leur régime. Ce que nous voulons, c’est mettre fin à la violence. Et si cela ne mettait pas fin à la violence, ce ne sera pas la paix. Dans certains de ces districts, les griefs qui existent au niveau local n’ont rien à voir avec l’idéologie des talibans. Ils sont locaux et nous devons les aborder séparément.

      Nous pensons donc que pour pouvoir adopter une approche globale de la paix, nous devons prendre en compte toutes ces différentes parties, composantes d’un processus de paix complexe. Dirigés par les Afghans et soutenus par nos partenaires internationaux, nous pouvons offrir le type de stabilité dont l’Afghanistan a besoin. »

  • L’idéologie des talibans. « Leur idéologie était qu’ils se battaient pour l’islam. Eh bien, c’est une république islamique. Des ulémas d’Indonésie à l’Arabie saoudite ont déclaré que l’insurrection menée par les talibans était non islamique. Sur le plan idéologique, sur le plan politique, sur le front de la guerre, les talibans sont finis. Ce n’est pas une guerre sans fin. Nous y voyons une fin militaire et politique. De nombreux apologistes talibans voudraient faire en sorte que les talibans ressemblent à un gouvernement en attente. Ce n’est pas un gouvernement en attente. C’est une insurrection qui se bat contre son peuple. Il règne par intimidation ou partout où ils ont un contrôle quelconque. Nous venons de reprendre cinq districts aux Taliban cette année et si vous parliez aux habitants de ces districts ils vous diraient qu’ils vivaient dans la famine. C’est littéralement la force brute que les talibans appliquent en obligeant ces personnes – principalement des agriculteurs – à subvenir à leurs besoins. Il n’y a pas d’infrastructures, pas de services là-bas et c’est une dictature. »
  • L’arrêt des discussions entre les américains et les talibans. « Ce que je dirais, c’est que le Président Trump a fait le bon choix car les talibans ne sont pas prêts à faire la paix avec qui que ce soit. Ils sont prêts à prendre l’Afghanistan et à imposer leur régime. Ils avaient préparé leurs discours de victoire. Des audios circulaient en Afghanistan et sur des groupes de WhatsApp, ainsi que sur les réseaux sociaux. Dès la signature d’un accord, vous leur auriez donné les clés – ou du moins du point de vue des talibans – pour gouverner l’Afghanistan. Et évidemment, cela n’était pas acceptable pour le peuple afghan ; cela n’aurait pas été acceptable pour le peuple américain. »
  • Ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas. « Il existe un mouvement en Afghanistan – vous l’avez peut-être vu – qui fait que beaucoup de gens enregistrent leurs propres vidéos et disent ce qui est une ligne rouge pour eux, le public énonçant ce que sont les lignes rouges. Et en tant que gouvernement élu démocratiquement, nous devrons tenir compte des lignes rouges du public, et nous en tiendrons compte lorsque nous siégerions aux négociations. Cependant, nous avons récemment ajouté une condition suite grands nombre de victimes civiles et aux attaques perpétrées par les talibans, attaques indiscriminées perpétrées par des talibans dans les espaces publics, à la nécessité d’un cessez-le-feu avant de nous asseoir pour négocier. Ce sera une condition préalable. Nous n’avons pas eu cette condition jusqu’à présent. Mais, vous le savez, la demande de notre peuple et de la Loya Jirga a récemment été introduite. »

    Lien sur l’entretien complet en anglais : https://www.cfr.org/event/conversation-national-security-advisor-hamdullah-mohib-afghanistan-0?utm_source=tw&utm_term=conversation-national-security-advisor-hamdullah-mohib-