«Une histoire commune pour bâtir un avenir commun»

« Histoire et Mémoires ». Le colloque du CEREDAF qui s’est tenu samedi 2 mars a mis en valeur le passé de l’Afghanistan à travers le travail des historiens et dans la perspective de la construction de l’avenir. « Nous ressentons la nécessité impérieuse voire vitale, de mieux comprendre, mieux appréhender notre histoire. Seule cette compréhension peut nous éviter de retomber dans les pièges d’un enfermement passéiste. Seule cette compréhension peut nous garantir de cheminer avec sérénité et détermination vers un avenir plus prospère. » Ces paroles sont celles du président Ashraf Ghani dans un hommage rendu à la mémoire du grand historien afghan Fayz Mohammad Kateb Hazara, cité par l’ambassadeur Sediqi dans son discours de clôture du colloque. Saluant les contributions, l’importance du « travail scientifique des historiens pour éviter les pièges et garder à l’esprit les racines historiques des actions présentes », M. Sediqi a souligné l’opportunité du thème choisi pour le colloque.

Le docteur Assem Akram et M. Amin Tarzi, directeur des études sur le Moyen-Orient à l’université des Marines Corps à Quantico en Virginie, ont exploré les sources disponibles et l’histoire personnelle, liée à leurs activités d’historiens, d’auteurs comme Ghobâr Habibi, Farhang et Richtia, qui ont connu la censure et la prison. Ils ont aussi longuement exploré les travaux de Fayr Mohammad Kateb, considéré comme le premier historien de l’Afghanistan. Dans son œuvre « Serâj-Ul-Tawarikh (Histoire de la Lumière), celui-ci retrace l’histoire du pays entre le XVIIIème siècle et son époque, celle du roi Habibullâh (1901-1919). Le cinéaste Barmak Akram et Kaneschka Sorkhabi, chercheur en géopolitique, ont eux, relié histoire et actualité récente en évoquant « mémoire, images et création », à travers les œuvres artistiques qui conservent la trace des événements récents comme les scènes de destruction de Kaboul filmées par Barmak Akram.

L’ancien ambassadeur de France en Afghanistan Régis Koetschet a rappelé plus d’un siècle de contributions françaises, l’archéologue Zafar Païman proposé un aperçu historique de Kaboul selon les récentes découvertes archéologiques. Bastien Varoutsikos, directeur de développement à l’ICONEM, a montré l’intérêt de la technologie au service de la mémoire en projetant les relevés 3D qu’il avait effectués, en particulier à Bamyan. Relevant la part subjective des travaux de modélisation, Il a envisagé dans ses travaux futurs d’associer les populations vivant autour des lieux historiques pour prendre en compte le regard qu’elles portent sur leur patrimoine.

« Histoire et Mémoires ». L’étude de l’histoire est une discipline scientifique, qui exige de la rigueur, mais le colloque a volontairement introduit la part d’émotion contenue dans les mémoires. Le récit du docteur en médecine Farida Kamal, qui rapportait les travaux sur la mémoire à travers les noms de lieux menés par sa fille, décédée l’an dernier d’un cancer, a atteint les auditeurs au plus profond. L’émotion s’est invitée avec dans les poésies lues par Belgheis Jafari Alavi, chercheuse-enseignante à l’INALCO. Des poésies écrites par des exilés, ou le préfixe privatif « Bé » (sans) revient souvent. Sans argent, sans famille, sans pays… un pays qui existe désormais à travers une mémoire fictive et idéalisée. Mais comme l’a signifié le président Ghani, « Ce n’est que par la connaissance de nos douleurs communes mais aussi de nos gloires communes que nous pourrons faire prospérer notre histoire commune et bâtir notre avenir commun ».