M. le président Ghani interviewé par CNN pendant le forum de Davos

« Avec les Etats-Unis, le soutien est mutuel »

Au forum économique de Davos, le Président Ghani a donné une longue interview au journaliste de CNN Fareed Zakaria. En préambule, alors que le journaliste  évoquait la rumeur sur le retrait des forces américaines de l’Afghanistan, M. Ashraf Ghani a répondu que la paix était un impératif. Mais que cette guerre était multidimensionnelle, avec beaucoup d’inter-relations et qu’il n’était pas aussi simple d’arriver à une date qui signerait la fin de la guerre. Le Président afghan a tenu à préciser : « Les dimensions qui font que la violence perdure et la raison pour laquelle les forces internationales sont présentes en Afghanistan ne sont pas dues à l’Afghanistan, mais parce que le 11 septembre 2001, selon une estimation, a coûté 500 milliards de dollars au gouvernement des États-Unis et à la société » ajoutant : les « États-Unis ne sont pas là parce qu’ils se battent en Afghanistan. Il se battent pour leur sécurité ». Pour le président Ghani, la stratégie du Président américain Donald Trump en Asie du Sud est une réponse très réfléchie à la situation sur le terrain, dans la mesure où le cœur de la stratégie est de rétablir la paix en Afghanistan. « Notre relation est basée sur un intérêt mutuel qui découle de menaces mutuelles et d’objectifs communs » et les deux pays doivent s’entendre sur le nombre de troupes engagées et sur l’évolution nécessaire du travail commencé ensemble.

Rendant hommage aux nombreux soldats américains, femmes et hommes, ayant combattu en Afghanistan, mais rappelant que le peuple afghan avait payé un très lourd tribut, M. Ashraf Ghani a insisté : « Le soutien est mutuel. Nous devons obtenir un Afghanistan stable en tant qu’entité capable d’assurer la sécurité de l’Amérique, de l’Europe et des autres, mais plus fondamentalement de nos propres droits et institutions démocratiques et de notre droit de vivre dans la paix et l’harmonie. »

« Un système démocratique et ordonné » 

Relevant l’évolution démocratique du pays (« Vous avez une démocratie qui fonctionne, vous êtes prêts pour des élections en juillet, il n’y a pas eu d’attaque terroriste majeure au cours des derniers mois, votre économie va de l’avant »), le journaliste de CNN a demandé au Président si le pays avait franchi un cap. « L’Afghanistan a pris un virage » s’est réjoui le Président, rendant d’abord hommage aux femmes afghanes, qui se font entendre. « Des discussions ont eu lieu dans 33 provinces d’Afghanistan, et la dernière se déroule actuellement. Nous aurons la première Jirga – le rassemblement – de toutes les femmes afghanes dans les mois à venir. Ce sont des gens qui grandissent, viennent de la base. Que veulent-ils? Un système démocratique et ordonné. » Et puis, affirme M. Ghani, il y a la jeunesse, la jeunesse afghane qui a vraiment pris son envol, en s’intégrant dans les meilleurs universités du monde, une génération en réseau. Des jeunes enracinés sur le terrain, mais qui peuvent parler avec tous leurs voisins et avec la communauté mondiale.

« L’économie commence à bouger fondamentalement, mais le plus important est notre constitution. Comme vous l’avez mentionné, les élections présidentielles auront lieu en juillet. Le peuple afghan élira ses dirigeants. Rappelant que depuis 1747, à quelques exceptions près, chaque succession avait impliqué un conflit, qu’en 1992, après l’effondrement du régime soutenu par l’URSS, il n’y avait pas d’accord sur les règles du jeu  et que Kaboul avait été détruite, M. Ghani a conclu : « Le pays a connu un niveau de privation et de dénuement inconnu. Pourquoi? Parce qu’un certain nombre de personnes qui avaient été amis ne pouvaient pas s’entendre sur les règles du jeu. Les règles du jeu sont maintenant inscrites dans la constitution ».

Il a rappelé que 390 lois n’avaient été adoptées que depuis quatre ans et demi. « C’est un pays différent. Je suis convaincu que nous pouvons prendre un tournant. Et d’ici 2024, ce sera un pays capable de se financer, car il lui fallait une base économique. Ce sera un pays qui se voit comme un carrefour où les idées, les personnes et les biens peuvent circuler. »