« Les Porteurs d’eau » d’Atiq Rahimi : rationalité française et poésie dari persane pour narrer l’exil, l’amour, la mémoire et la liberté

Nous sommes le 11 mars 2001 et les talibans viennent de détruire les deux bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan. Dans « Les Porteurs d’eau », son dernier opus, paru au mois de janvier, Atiq ­Rahimi reprend ses thèmes de prédilection : les grandes tragédies de l’histoire contemporaine, la cruauté des hommes, la douleur de l’exil et de la clandestinité.

Il est question dans « Les Porteurs d’eau » de deux destins parallèles, celui de Tom qui vit à Paris et s’apprête à une rupture, et celui de Yûsef, qui s’éveille à Kaboul et s’arrache à la contemplation de Shirine, la femme de son frère, parti en exil. Deux destins croisés mais qui ne se croisent pas, sur la mémoire, l’amour, la liberté et l’exil.

En narrant ces deux histoires, qu’il place symboliquement le jour « où tous les Afghans se souviennent où ils étaient », Atiq Rahimi s’interroge sur la valeur et la puissance des sentiments au regard de l’histoire en train de se jouer. Peut-on être imperméable, comme aimerait le croire Tom, l’exilé, à sa culture d’origine et à ce qui l’affecte ? La valeur des sentiments est-elle la même ­selon qu’ils sont vécus par un Afghan passé au filtre de la rationalité française, et pour un ­porteur d’eau de Kaboul ?

Quand la nuit tombe, Tom cesse enfin de chercher qui il est en reprenant son vrai prénom de ­Tamim, tandis que Yüsef ne craint plus son destin en se dépouillant de tout. Mais, dehors, la folie des hom­mes continue de frapper.

Portrait du livre et de son auteur dans Le Monde du 9 mars.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/09/atiq-rahimi-images-et-symboles_5433591_3246.html

Photo HÉLÈNE BAMBERGER / OPALE VIA LEEMAGE