James Dobbins, ex-envoyé spécial à propos des « Afghanistan Papers » : « Ajouter l’accusation de mauvaise foi à celle de mauvais jugement ne fait que brouiller les pistes »

James Dobbins, envoyé spécial pour l’Afghanistan de l’Administration américaine sous les présidents Bush et Obama, estime, dans une tribune publiée sur le site Web « The Hill », que les accusations portées par « The Afghanistan Papers  » : A Secret History of the War » sont considérablement exagérées.

La série du Washington Post intitulée  » The Afghanistan Papers  » : A Secret History of the War » accuse les « hauts fonctionnaires américains d’avoir omis de dire la vérité sur la guerre en Afghanistan tout au long de la campagne de 18 ans ». James Dobbins, associé principal de la RAND Corporation* était l’envoyé spécial du gouvernement Bush pour l’Afghanistan après le 11 septembre et le représentant spécial du gouvernement Obama pour l’Afghanistan et le Pakistan en 2013-14. Il a participé occasionnellement et de manière critique, souligne-t-il, aux  délibérations des administrations Bush et Obama sur la politique afghane. Pour lui, deux débats ont opposé les délibérations des administrations Bush et Obama sur la portée de l’engagement militaire américain en Afghanistan en 2001-2 et de nouveau en 2013-14 : celui des « minimiseurs » et celui des « maximiseurs ».

« Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld en 2002 et le président Obama en 2014 étaient des minimiseurs, développe M. Dobbins. Ils croyaient honnêtement que les intérêts américains seraient mieux servis en limitant sévèrement la taille et la mission des forces américaines en Afghanistan. (M. Rumsfeld a ensuite défendu le même point de vue en Irak.) En me fondant sur ma propre expérience de la Bosnie et du Kosovo au cours de la décennie précédente, j’ai plaidé en faveur d’une augmentation des troupes en 2002 et contre une réduction des effectifs en 2014. J’ai perdu cet argument à ces deux occasions. »

Pour M. Dobbins, ces délibérations ont été menées en privé mais ont été rapportées dans les médias à l’époque. La série met en évidence plusieurs de ses observations critiques comme s’il s’agissait de nouvelles révélations, alors, affirme-t-il, qu’elles ne font que répéter ses critiques publiques de longue date. Après avoir quitté ses fonctions en 2002 et de nouveau en 2014, il a publié des comptes rendus détaillés de ces discussions internes. « Mon expérience a montré que ceux qui avaient fait valoir leur point de vue estimaient sincèrement que leurs décisions étaient les meilleures disponibles et les défendaient ouvertement. M. Rumsfeld et M. Obama ont tous deux affirmé publiquement que moins était mieux. C’est en toute bonne foi qu’ont été salués et mis en œuvre ce qui était considéré à juste titre comme des ordres légitimes et une politique dûment réfléchie. »

En 2014, M. Obama a annoncé la fin des opérations de combat américaines, mais il a précisé, poursuit M. Dobbins, que les forces américaines continueraient de conseiller et de soutenir l’armée afghane et de mener des missions antiterroristes. Pour lui, ces efforts sémantiques visant à présenter la mission en termes plus acceptables ne peuvent guère être qualifiés de tromperie, car les activités des États-Unis en Afghanistan ont continué à faire l’objet de nombreux reportages dans les médias et d’un examen minutieux par le Congrès.

La comparaison que cette série invite à faire avec les documents du Pentagone est donc trompeuse, affirme M. Dobbins. Il ajoute : « Cette série de documents hautement classifiés a montré que les fonctionnaires écrivaient une chose et disaient simultanément quelque chose d’incompatible, alors que la série du Post est largement dérivée d’entretiens non classifiés menés des années après les événements en question. Il n’est pas surprenant que le recul s’avère plus perspicace que la prévision ».

 L’ex envoyé spécial en Afghanistan ajoute que le peuple américain est désenchanté par cette guerre depuis au moins une décennie. En conséquence, les administrations successives ont pris des mesures pour limiter l’engagement américain sans précipiter une issue encore pire. « Il y a déjà beaucoup de reproches à faire. Ajouter l’accusation de mauvaise foi à celle de mauvais jugement ne fait que brouiller les cartes, rendant la réflexion objective et les leçons durables plus difficiles à réaliser. »

*La RAND Corporation est un groupe de réflexion américain à but non lucratif sur les politiques mondiales, créé en 1948 par la Douglas Aircraft Company pour offrir des recherches et des analyses aux forces armées américaines. Elle est financée par le gouvernement américain et des fondations privées, des sociétés, des universités et des particuliers.