Discours de Son Excellence Monsieur Abdel-Ellah Sediqi pour la fête de Nawroz

بسم الله الرحمن الرحیم

Excellences, M. Engida, Directeur général adjoint de l’UNESCO,

Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Cette année Nawroz revêt une saveur toute particulière, et je suis très heureux de vous voir tous réunis ici pour fêter avec nous la nouvelle année, année 1396 de l’hégire. Je parle d’une saveur exceptionnelle, parce que nous nous réjouissons que cette fête traditionnelle, à la fois très ancienne et très vivante, soit désormais inscrite, grâce à l’Unesco, au Patrimoine immatériel de l’Humanité.

Cette fête est à la fois très ancienne et très actuelle : en effet, ses origines ne sont pas entièrement connues, mais on sait qu’elle remonte à environ 4000 ans et est liée à la légende du premier roi Yama ou Jamshed.

Elle est aussi très vivante, aujourd’hui autant qu’hier, dans toutes les provinces afghanes comme dans onze autres pays partageant la symbolique de Nawroz : pureté, lumière, nouveaux départs, amitié. On la célèbre le premier jour du Printemps, dès l’instant où l’équateur terrestre change d’hémisphère céleste.

Moment privilégié de retrouvailles autour du Haft Mewâ et du Samanak

Famille, amis, se retrouvent, à cette occasion, pour partager un repas de fête sur des nappes de Nawroz dont un des éléments principaux est le Haft Mewâ, (ce que vous avez pu déguster à l’entrée). Comme le 7 sin, on y retrouve le chiffre sacré, sept, le Haft Mewâ – les 7 fruits sont préparés pour augurer d’une année faste et d’une nature généreuse. Le Samanak – appelé Samano dans d’autres pays de la région – symbolisant la naissance de la nature, est réalisé avec les éléments les plus simples : eau, feu, racines et germes, farine et son… Sa préparation en veillée nocturne, est le moment privilégié de retrouvailles des femmes avec chant et prières.

Les festivités de Nawroz, constituent, finalement, un des moments forts de solidarité et de rencontre dans les communautés sous de multiples formes : fête de la terre, plantation d’arbres, échanges de cadeaux, spectacles de musique et de danse… Pour Nawroz, on s’habille aussi de neuf, on rend visite aux proches, aux voisins, aux aînés. A Balkh, on participe au Mela-e Gul-e Surkh, le festival des fleurs rouges, qui dure 40 jours à partir du 21 mars et qui consiste à admirer les magnifiques champs de tulipes rouges autour de la ville, pour y faire la fête lors de grands pique-nique. Dans d’autres provinces, elles portent le nom des fleurs représentatives de chaque région (mele Gol e Arghawan –fleurs de Judée-, gol e narenj- fleurs d’oranger-, gol e senjed – fleurs de jujubier- etc…)

Interdite sous les Taliban, Nawroz est revenue avec joie, fidèle à son esprit de lumière contre les ténèbres, renouveau et espoir contre esprit pétrifié.

Attan… et les pas des danseurs emplit l’espace et le cœur

C’est aussi la saison du Attan, danse collective traditionnelle dont nous allons voir une démonstration tout à l’heure. Attan, nous y travaillons, devrait être, elle aussi, inscrite au Patrimoine immatériel de l’Humanité prochainement. Attan existe depuis l’antiquité et se danse toujours aujourd’hui dans les fêtes, les mariages, les cérémonies marquantes, importantes. C’était à la fois une danse guerrière, et aujourd’hui on voit encore ces guerriers danser avec leur épée.  Il est connu que le retentissement de la musique et les pas des danseurs emplit l’espace et le cœur des danseurs et spectateurs.

Pour revenir à Nawroz, sa célébration est ancienne et anté-islamique mais parfois et par endroits on lui donne une couleur religieuse depuis des temps anciens et liés au tombeau d’Ali, 4ème calife, dont la vaillance, la chevalerie et la sagesse sont vénérées depuis des siècles, autour de son mausolée, à Mazar e Sharif.

Ce rappel historique me permet de glisser naturellement vers notre Patrimoine, matériel cette fois, et sur ce que l’année 1396 va apporter dans ce domaine : la vieille ville de Balkh est parmi les projets d’inscription au Patrimoine de l’Humanité, tout comme la vieille ville de Herat. Je suis convaincu que le jardin de Babour, premier jardin moghol, et le site de Band e Amir à Bamyan vont eux aussi enrichir la liste du Patrimoine de l’Humanité.

La culture renoue et renforce les liens

J’élargis le sujet en évoquant, aussi, quelques projets actuels d’enrichissement de notre patrimoine tout en restant dans le domaine de la culture. Son support peut être immatériel ou matériel, elle est toujours vivante et fait vivre : le Fonds pour l’économie créative – inauguré l’année dernière et destiné à soutenir arts et artisanats, y contribue grandement.

Un autre exemple vivant est Zohra, cet orchestre de jeunes filles de l’ANIM (Afghanistan National Institute of Music) qui a enchanté le forum de Davos en janvier. Le premier orchestre féminin depuis la chute des Taliban.

Notre réunion, aujourd’hui, les liens qu’elle renforce et renoue, sont enfin la démonstration que la culture, dont Nawroz est une manifestation, est tout simplement une occasion – un prétexte – pour célébrer l’amitié et mettre en honneur l’ami !

Comme dit Mawlana :

شادند جهانیان به نوروز و به عید

عید من و نوروز من امروز تویی

Les gens sont heureux en les jours de Fêtes et Nouvel An,

En ce qui me concerne, AUJOURD’HUI c’est TOI, Ma fête et mon Nouvel An